Humeur des jours

tableau : Jake Baddeley

 
« Ta vie est comme un pont jeté entre deux vides :
Tu n’as pas de limite, au milieu tu n’es rien »
Omar Khayyâm 


Portes ouvertes des ateliers d'artistes du XXe

De vendredi 3 mai à dimanche 5 mai 

 Debora Stein et moi-même présentons nos travaux personnels et collectifs 

Les Processionnaires

Nouvelle série 

On nait dans un œuf, un panier, la paume d'une main
Douillet cocon de soie
Déposé sous un abri de mousse fraîche 
Odeurs de ruisseau, de racines et d'humus 
Parmi les ombres, le froissement des feuilles
Le murmure du vent
En pleine forêt 
On nait et on ne sait 
Encore au creux du monde 
La morsure de la bise 
Les pièges du chasseur 
Les hurlements des loups
Le fauve féroce de la peur 
Dont on fait la tanière intérieure
Qu'il faudra, au fil des ans, apprivoiser 
Il était une fois un enfant
Petit Poucet abandonné par ses parents 
Il apprend à vivre sur la rive 
Il apprend à lire sans compter 
Les petits cailloux blancs 
Les petits bouts de pain sont retournés au vent
Il marche vers l'antre intime des dévorations
Où la Mort l'attend 
La gueule plein de dents 
La Mort qu'il vainc en l'endormant 
Elle se retire sur l'autre rêve 
Jusqu'au prochain éveil 
Lorsqu'il faudra traverser l'océan des mémoires  
Se coucher dans le lit des étoiles 
Briller dans la nuit noire 


Mercredi 3 avril 2024

 

« Je ne sais ce que je vois qu’en travaillant »

Giacometti 
AnnaMaricaCelli&DeboraStein
Collectif Tikkoun

Les deux grands-mères

Collectif Tikkoun

Temps n'est qu'un mot
Verbe des mues qui nous meuvent
Déjà, avant d'avoir vu le jour
Une mémoire nous enveloppe
Corps et âme
De ses fils, ses soies, ses toiles rêches, ses squames
Le coffre offert à la naissance
Contient un très ancien trousseau
D'heure en heure nous louons des costumes
A la boutique de farces et attrapes
Et d'heure en heure le vêtement du corps
Maître des apparences
Qui nous sied est de plus en plus usé, rapiécé
Chargé d'odeurs rances
Il tombe
Il se déchire
En lambeaux
Vieilles peaux
Autant, pour nos histoires, de lignes et de mots
Le temps pourtant
Dès lors que nous grattons les surfaces
Que nous entrons la blessure
Le meilleur compagnon de route
Sans ce complice de toujours
Comment traverser les mers
Comment gravir les montagnes
Elaguer les forêts au fond de nos angoisses
Eteindre les feux de nos colères
Se pardonner les offenses subies
Recevoir sans peur la radieuse hostie
D'un amour
En face, regarder les loups
Laisser les chiens parmi les chiens
Donner sa main à l'alliance
Repriser l'invisible nappe de fête
Sur la longue table des ancêtres
Poser dessus un bouquet de fleurs champêtres
Sans le temps
Comment bâtir sa maison
Sa maison pour royaume
Où il fait bon vivre?
Noire et blanche magie
S'il vieillit les écorces
A qui marche aux résurgences
Il coule, fontaine de jouvence

Vendredi 16 février 2024

En ce jour de Saint-Valentin, combien j'ai peiné à te cueillir. 

Fulena Poussière 

Mon nouveau recueil qui évoque la mémoire, la douceur de la nostalgie
Le titre m'a été inspiré par la chanson L'ombre (les ombres) de Tintin Pasqualini, interprétée par Antoine Ciosi
La première de couverture m'a été offerte par le peintre José d'Ornano. 
Le recueil est édité par mon cher Jean-Pierre Santini et sa maison A Fior Di Carta. 

Février 2024 

Testa Mora Oscura

 Ce qui s'endort
Appelle
Ce qui s'éveille

Vendredi 19 janvier 2024


Etats de l'eau 

12 janvier 2024

 

 

Veilleuse de nuit, je suis 

Je suis pas à pas la chandelle sur un pont suspendu 

Le sillon d'un cortège 

Que le pâtre des Morts, en appui sur un cierge

Mène dès la sorgue tombée 

En terre de sommeil 

Traversant les chambres des gisants impatients de l'éveil 

Par le couloir des rêves

Que les primes lueurs invitent au retour 

Ils passent à travers les murs 

Les mains dessus les visages 

Ils savent qu'en certains lieux 

Des demi-fantômes, presque semblables à eux 

Se portent sentinelles sur la scène du soir 

Veilleuse de nuit je suis 

 Je garde le pont par dessus la rivière 

Où coule la mémoire 

Ainsi, quand vient le jour 

Lorsque s'amenuise le velours et se fait voile 

Qu'une porte se clôt tandis qu'une autre s'ouvre 

Les yeux fermés, je devine l'étoile 

Du berger qui s'en va 

Guidant au bout de l'arche sa spectrale cohorte 

J'entends des voix, des chuchotements 

Dans une langue morte  

Comme un son d'écume

L'agonie d'une vague 

Toute puissante qu'elle fût 

 

Alors seulement, au chant du coq, aux hurlements des fous, aux cris des maraîchers 

Il m'est permis d'entrer dans le bazar des songes 

Attraper quelque rêve bizarre 

Que je pourrai conter, s'il m'en souvient 

Sur mon livre d'histoires 

Il était une fois deux très méchants chiens.. 

Vendredi 12 janvier 2024

DRY JANUARY

L'artiste plasticienne Debora Stein & moi-meme nous mettons à l'eau 
L'eau de source
L'eau et les rêves 

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La dernière page de 2024 vient de se tourner dans un monde en proie à divers tourmentes. J'achève en même temps mon livre de la soif. Soif de quoi? Elles sont de tous ordres, nos soifs, qu'on peut cependant résumer à combler un manque, peut-être ontologique, d'être et n'être pas, en un même mouvement. Ce qui n'est possible qu'au Divin. Dans ce jeu qui nous est laissé et où, pourquoi pas, réside notre liberté, soyons, tels les arbres du verger, porteurs de dons. 

Mardi 2 janvier 2024

 

Chiens de meute hantent les rues en leurs coins sombres 

Leurs museaux se souviennent, autrefois, ils étaient loups 

Grisés par l'odeur du sang 

Ils se couvrent de mantes d'ombre 

Se glissent parmi les passants 

Rousse est la lune

L'arbre frémissant 

En secret on tisse les blessures 

Les hommes ont peur 

Les temps sont durs 

Minuit a sonné depuis bien des heures 

Cendrillon court les pieds nus 

Après son carrosse disparu 

Des hurlées brûlent la nuit de leurs torchères 

Le loup est un homme pour le loup 

On voit des visages se fendre dans des miroirs brisés 

Figures de fous 

Qui promettent des hosties blanches 

Alors que les grenades pendent aux branches 

Des grenadiers 

Ce soir, le vent hulule 

Les fauves traversent les quartiers 

Voici que s'ouvrent portes et croisées 

La chasse à l'homme a commencé 

Des foules désorientées acclament les gens d'arme 

L'âme serrée entre les griffes de nos frayeurs 

Elles acclament 

De faux prophètes, de soi-disant sauveurs 

Dressant des bûchers en criant : guerre ! Guerre ! 

Contre le va-nu-pieds, l'infirme, l'étranger 

La chasse à l'homme a commencé 

Au chant des sirènes 

Des Maudits masqués de loups 

Entonnent leur hymne à la haine 

Scandé par les tirs des canons 

Quand la rage se tait, on entend tomber des larmes 

Sur le chemin des Dames 

Créatures de peu de mémoire 

Nous dormons encore sur des charniers 

Les loups sont sortis de vieux livres d'histoire 

Où les corps disloqués de tant jeunes tremblent de froid 

Fauchés sur des terres gelées 

O Êtres de peu de foi 

La chasse à l'homme a commencé 

Les chiens de traque montrent les dents 

Allez ! Suivez-nous au massacre, pauvres gens !

Allez-vous donc prêter l'oreille à ces menteurs 

Leurs promesses de veiller au grain 

Ce sont les mêmes qui un matin 

Ont accroché nos peurs à leurs fusils 

Souvenez-vous, par millions les fleurs furent arrachées 

Nous dormons encore sur des charniers 

Les dogues en meute hantent les rues 

En ferons nous nos chiens de berger 

Menant moutons à l'abattoir 

La chasse à l'homme a commencé 

Conduite par les marchands de désespoir 

Cingle la battue des territoires 

Le mal réclame qu'un cœur lui soit rapporté 

Cœur de l'humanité 

Afin de le dévorer en chemise

Noire 

Tableau Otto Dix
Mercredi 28 décembre

Un visage, son visage pris dans mon regard 

Dimanche 10 décembre 2023

Dédicace à mon nerf sciatique
Jeudi 7 décembre 2023

La guerre du nerf 
Excité, pulsatile, dressant ses bois de cerf
Il embrase les chairs
En elles, il se fraie un chemin
Creuse au fer rouge les voies du corps Au gré de ses offensives, au gré de ses conquêtes
Brandissant son oriflamme guerrier 
Il brûle les forêts, enfume les terriers
Sans répit il traque les bêtes 
Il casse les os, fond la moelle, rompt le rein 
Son champ d'honneur est celui de la douleur Il laisse en son sillage une vallée de larmes
Des grincements de dents 
L'angoisse du lendemain 
On l'entend siffler, lorsqu'à la nuit tombée
Sa silhouette de serpent, rougeoyante de braises 
Ondule le long d'une épine dorsale
Pour glisser du panier à la cuisse
Et puis, lentement enfoncer ses crochets venimeux
Au tendre d'une cheville 
Dies illa, dies irae,calamitatis et miseriae,
dies magna et amara valde
Jour de courroux que ce jour-là,
De calamité et de misère
Que de cette sournoise vipère 
Du feu, du sel écarlate et du soufreMon ange l'on me libère
Que je retrouve, à chaque souffle
Le pays de Printemps
Sur les routes d'hiver 

Tableau de Ferdinand Keller




Tino Rossi

L'enfant est imprudent

Il jouait sur le rivage 

Châteaux de sable et coquillages

La mer le prend, l'emporte

Au large 

La mer le noie 

L'incube au fond de ses entrailles 

Et puis l'avorte 

Il dérive, désorienté, sur les terres  

Avec le souvenir des eaux salées 

L'enfant est imprudent 

Il joue sur le rivage 

Dimanche 5 novembre 2023

 
Demain je t'apporterai une fleur 
Au moins, nous reste-t-il à partager 
Le jour des morts 
Ne faut-il pas le mettre en terre 
Ce corps vide 
L'Enveloppe putréfiée du printemps
Que nous traînons à dos d'homme 
Dans l'espérance démente 
Qu'il donne encore des fleurs 
Alors qu'un poignard est enfoncé dans son cœur 

1er novembre 2023



Lundi 30 octobre 2023

Mon nouvel ami, Monâne

U sumeru corsu

L'âne corse est apparu 1 200 ans avant notre ère, il fait partie de l'histoire et de la culture de l'île. Chaque famille possédait un âne. . 

Côté physique, “u sumere corsu” se distingue par sa couleur “gris tourterelle” ou “ardoisée”, sa taille (entre 1m15 et 1m29) et surtout par ses membres robustes et zébrés, hérités de ses ancêtres africains. On retrouve sur son dos la fameuse "croix de Saint André". 

Dimanche 29 octobre



 

"Certaines métaphores sont plus réelles que les gens qu'on voit marcher dans la rue."
F. Pessoa 
Sculpture :  La Maestà-Andrea Pisano 

Je marche et vois. Confusion entre marche et vision. Ainsi, la marche du trottoir que je ne devine pas. J'abandonne mon regard. Voir au-delà. 

Dimanche 8  octobre 2023

 

Autour d’un mot comme autour d’une lampe. Impuissant à s’en défaire, condamné, insecte, à se laisser brûler. Jamais pour une idée mais pour un mot. L’idée cloue le poème au sol, crucifie le poète par les ailes. Il s’agit, pour vivre, de trouver d’autres sens au mot, de lui en proposer mille, les plus étranges, les plus audacieux, afin qu’éblouis, ses feux cessent d’être mortels. Et ce sont d’incessants envols et de vertigineuses chutes jusqu’à l’épuisement.
Voyage dans le voyage.
Errance dans l’errance.
L’homme est, d’abord, dans l’homme, comme le noyau dans le fruit, ou le grain de sel dans
l’océan.
Et, pourtant, il est le fruit. Et, pourtant, il est la mer.

Edmond Jabès
Tableau : Abdeslem Azdem

Samedi 7 octobre 2023





 

A foison, je dessine des loups 

De petits et de grands méchants 

Pleins de grosses dents souillées de sang

Et sous des cernes endeuillés

De gros yeux jaunes, rouges ou bleus

A fleur de tête 

Il y a entre moi et la bête

Un lien qui nous attache, un truc, une ficelle


Samedi 30 septembre 2023

Jupe plissée, cheveux longs 

La fillette joue au ballon 

Elle lève et étire les bras

Elle ouvre les mains 

En rayons 

Elle attrape le soleil 

Dimanche 24 septembre 2023

Portails

Canaux

OEUVRE

Samedi 23 septembre 2023

 On aurait dit qu'elle le portait
Que si leurs lèvres se descellaient
Il tomberait 

Lundi 18 septembre 2023

Abandonné sur un banc, enroulé dans du papier blanc avec un carton agrafé portant la mention "fleurs sauvages françaises", un petit bouquet de fleurs aux teintes discrètes, très odorant. Il y a aussi une sorte de gommette en forme de cœur, où est écrit "gueule de loup". 
Amour déçu
Je te comprends
Je te prends
Avec moi

Tableau: Pierre Bonnard 


 
Un visage sans bouche 
Au bout d'un bras qui pend 
Sans caresse 
A l'usure du silex, les lignes s'y sont effacées 
Qu'est-ce qu'une langue interdite de saveurs
De poèmes  
Alors sur qui pleurer 
Quand les yeux traversent le papier

Dimanche 17 septembre 2023 



 Un chemisier blanc
Broderies anciennes
Petits boutons dans le dos
Entre les boutons, tes doigts lents
Rendent à ma peau l'humanité oubliée
Ton parfum de jasmin, de lys, de menthe
Dans la nuit trop chaude
Se répand et coule sur ma nuque
Le long de mon dos
Entre les boutons
Tes doigts lents et doux
Le vent espère un peu de fraîcheur
Le vin, un Chinon, du nom de
Soif de tendresse
Plus frais que la brise
Après, je n'ai plus peur de m'engouffrer 

Dimanche 10 septembre 2023

La parole

 
La parole est sacrée .
Tiens-la même avec tes ennemis.

« A mo parola vale u scrittu. »
Ma parole vaut l’écrit.
Inutile d’insister sur la valeur de la parole donnée.
Elle est une garantie définitive.
Malheur à celui qui ne la tiendrait pas. E
lle remplace les actes notariés et engage solennellement celui qui l’a donnée.
Quelle honte d’entendre dire :
 
« Ùn hè micca un omu di parola ! » 

Au bout de la nuit
Noir pourpre de la figue  
Fleurissent les flocons du jasmin 
Il neige comme autrefois
Quand le cri de l'enfant saignait sur le manteau d'ivoire
Douce brûlure, dans les plis de la paume
D'une petite pomme blanche

Mercredi 6 septembre 2023 

Mon nom est Personne 

Mercredi 6 septembre 2023

Un nuage diabolique 

Samedi 2 septembre 2023

C'est la rentrée!!!

Vendredi 1er septembre 2023

J'ai bien trop d'ire en moi 
Et j'ose vous le dire 

Mardi 29 août 2023

 

«Le menteur» de Cocteau, un monologue écrit pour Jean Marais 

Je voudrais dire la vérité. J’aime la vérité. Mais elle ne m’aime pas. Voilà la vérité vraie : la vérité ne m’aime pas. Dès que je la dis, elle change de figure et se retourne contre moi. J’ai l’air de mentir et tout le monde me regarde de travers. Et pourtant je suis simple et je n’aime pas le mensonge. Je le jure. Le mensonge attire toujours des ennuis épouvantables et on se prend les pieds dedans et on trébuche et on tombe et tout le monde se moque de vous. Si on me demande quelque chose, je veux répondre ce que je pense. Je veux répondre la vérité. La vérité me démange. Mais alors, je ne sais pas ce qui se passe. Je suis pris d’angoisse, de crainte, de la peur d’être ridicule et je mens. Je mens. C’est fait. Il est trop tard pour revenir là-dessus. Et une fois un pied dans le mensonge, il faut que le reste passe. Et ce n’est pas commode, je vous le jure. C’est si facile de dire la vérité. C’est un luxe de paresseux. On est sûr de ne pas se tromper après et de ne plus avoir d’embêtements. On a les embêtements sur place, vite, à la minute, et ensuite les choses s’arrangent. Tandis que moi ! Le diable s’en mêle. Le mensonge n’est pas une pente à pic. Ce sont des montagnes russes qui vous emportent et qui vous coupent le souffle, qui vous arrêtent le cœur et vous le nouent dans la gorge.

Si j’aime, je dis que je n’aime pas et si je n’aime pas je dis que j’aime. Et vous devinez les suites. Autant se tirer un coup de revolver et en finir. Non ! J’ai beau me sermonner, me mettre devant l’armoire à glace, me répéter : tu ne mentiras plus. Tu ne mentiras plus. Tu ne mentiras plus. Je mens. Je mens. Je mens. Je mens pour les petites choses et pour les grandes. Et s’il m’arrive de dire la vérité, une fois par hasard, par  prise, elle se retourne, elle se recroqueville, elle se ratatine, elle grimace et elle devient mensonge. Les moindres détails se liguent contre moi et prouvent que j’ai menti. Et… ce n’est pas moi qui suis lâche… chez moi je trouve toujours ce qu’il faudrait répondre et j’imagine les coups qu’il faudrait donner. Seulement sur place, je me paralyse et je garde le silence. On me traite de menteur et je la boucle. Je pourrais répondre : vous mentez. Je n’en trouve pas la force. Je me laisse injurier et je crève de rage. Et c’est cette rage qui s’accumule, qui s’entasse en moi, qui me donne de la haine. 

Je ne suis pas méchant. Je suis même bon. Mais il suffit qu’on me traite de menteur pour que la haine m’étouffe, et ils ont raison. Je sais qu’ils ont raison, que je mérite les insultes. Mais voilà. Je ne voulais pas mentir et je ne peux pas supporter qu’on ne comprenne pas que je mens malgré moi et que le diable me pousse. Oh ! Je changerai. J’ai déjà changé. Je ne mentirai plus. Je trouverai un système pour ne plus mentir, pour ne plus vivre dans le désordre épouvantable du mensonge. On dirait une chambre pas faite, des fils de fer barbelés la nuit, des couloirs et des couloirs du rêve. Je guérirai. J’en sortirai. Et du reste, je vous en donne la preuve. Ici, en public, je m’accuse de mes crimes et j’étale mon vice. Et n’allez pas croire que j’aime étaler mon vice et que c’est encore le comble du vice que ma franchise. Non, non. J’ai honte. Je déteste mes mensonges et j’irai au bout du monde pour ne pas être obligé de faire ma confession. Et vous, dîtes-vous la vérité ? Etes-vous dignes de m’entendre ? Au fait, je m’accuse et je ne me suis pas demandé si le tribunal était en mesure de me juger, de m’absoudre.
 

Vous devez mentir ! Vous devez mentir tous, mentir sans cesse et aimer mentir et croire que vous ne mentez pas. Vous devez vous mentir à vous même. Tout est là ! Moi, je ne me mens pas à moi-même. Moi j’ai la franchise de m’avouer que je mens, que je suis un menteur. Vous, vous êtes des lâches. Vous m’écoutiez, vous vous disiez ! quel pauvre type ! Et vous profitiez de ma franchise pour dissimuler vos mensonges. Je vous tiens ! Savez-vous, Mesdames, Messieurs, pourquoi je vous ai raconté que je mentais, que j’aimais le mensonge ? Ce n’était pas vrai. C’était à seule fin de vous attirer dans un piège et de me rendre compte, de comprendre. Je ne mens pas. Je ne mens jamais. Je déteste le mensonge et le mensonge me déteste. Je n’ai menti que pour vous dire que je mentais.

Et maintenant je vois vos visages qui se décomposent. Chacun voudrait quitter sa place et redoute d’être interpellé par moi. 

  

Madame, vous avez dit à votre mari que vous étiez hier chez votre modiste. Monsieur, vous avez dit à votre femme que vous dîniez à votre cercle. C’est faux. Faux. Faux. Osez me donner un démenti. Osez me répondre que je mens. Osez me traiter de menteur. Personne ne bouge ? Parfait. Je savais à quoi m’en tenir. Il est facile d’accuser les autres. Facile de les mettre en mauvaise posture. Vous me dites que je mens et vous mentez ! C’est admirable. Je ne mens jamais. Vous entendez ! Jamais. Et s’il m’arrive de mentir, c’est pour rendre service… pour éviter de faire de la peine… pour éviter un drame. De pieux mensonges. Forcément, il faut mentir. Mentir un peu… de temps à autres. Quoi ? Vous dites ? Ah ! je croyais… non… parce que… je trouverais étrange qu’on me reprochât ce genre de mensonge. Venant de vous ce serait drôle. De vous qui mentez à moi qui ne mens jamais.

Tenez, l’autre jour – mais non vous ne me croiriez pas. Du reste, le mensonge… le mensonge, c’est magnifique. Dites… imaginer un monde irréel et y faire croire – mentir ! Il est vrai que la vérité a son poids dur et qu’elle m’épate. La vérité. Les deux se valent. Peut être que le mensonge l’emporte… bien que je ne mente jamais. Hein ? J’ai menti ? Certes. J’ai menti en vous disant que je mentais. Ai-je menti en vous disant que je mentais ou en vous disant que je ne mens pas. Un menteur ! Moi ? Au fond je ne sais plus. Je m’embrouille. Quelle drôle d’époque. Suis-je un menteur ? Je vous le demande ? Je suis plutôt un mensonge. Un mensonge qui dit toujours la vérité. 

Je souffre
Donc je ris
Je crisse et me brise 

Ce soir, je boucle les travaux avec "L'homme qui rit". 


Faudrait-il une aiguille pour recoudre les plaies

Faudrait-il le feu afin de cautériser la blessure

Quand les doigts sages de la sorcière

Connaissent le chemin par cœur

Qui tissent les fils rompus des choses et de la douceur 

En un clin d'œil? 

Samedi 26 août 2023

W2023H55655


Histoire belge

23 août 2022

Que je place au dépôt des encombrants
25 août 2023

Prière pour l'enfant mort. Mercredi 23 août 2023

 Les larmes de l'enfant

 Le sang de l'enfant

Goutte à goutte 

Du ruisselet au torrent

J'entends déjà sous le vrombissement

La voix lyrique s'élever 

Puis contre les pierres, se jeter 

Inextinguible cri sous les voiles immaculés

Stridulations d'un deuil irrémissible 

Salves 

Cascade 

Et du torrent au fleuve amer 

La petite âme monte au ciel 

Que pleure le chant

Que pleure le vent

Dans les habits noirs des pères et des mères

Les tuniques, les robes, les foulards, les aubes 

Claquent sous les rafales 

Je plains la douleur qui hurle

Je plains la douleur en silence

Sur le ventre maternel déchiré

Eclate le sang de l'enfant

Les rues se brisent

Les tours s'effondrent

Les corps tremblotent

Les cœurs sanglotent 

La bouche qui délivrait les baisers 

Se noie

Et pourtant, au lieu de la brûlure des lèvres 

L'espoir couvert de cendres fait un rêve

Où pousse une lueur rouge 

Qui bat encore 

Une fleur  

Que scande le chant 

Que balance le vent 

Mais ce n'est pas une feuille morte

Non, pas une feuille morte


Lundi 20 août 2023
Supermarché chinois Belleville 
Étonnants reptiles violets 
Courgeuvres ? 

Dimanche 19 août 2023
Deux grandes joies ce jour, ce petit mot de Valentine Cohen, la maman de l'Art-Matrice et du festival induction qui s'est terminé aujourd'hui à Blaye:
" Anna Maria Carulina Celli ses peintures projetées sur scène dans L'art-Matrice AM. Hier
Fière et reconnaissante je suis. 
Et puis, mon fils Julyan qui me fait comprendre que je m'apprête à acheter une étagère sur le Bon Coin plus chère d'occasion que neuve. Je le cite :"On ne peut vraiment pas te laisser en autonomie". 
Grosse rigolade. Merci la vie! 

 

Le fil

La naissance ressemble au chaos dont le vivant se délivre.
La mort ressemble au chaos vers quoi la vie le livre. Lie. 
Entre l'une et l'autre un fil. Mais où commence-t-il? 
C'était samedi 18 août 2023

Stantari, Art-Matrice 

Mes Stantari font l'affiche de l'Art-Matrice  à Blaye. Merci Valentine Cohen et MATA Malam. 😍
Jeudi 17 août 2023

Antiques saveurs

PierPaolo Pasolini

Tout comme, en ces jours lointains,

elles le faisaient des fleurs fraîches

mes mains pourront-elles tresser

des fleurs sèches ?

Aujourd’hui je me dupe, hier

j’étais dupé : pourtant si une pensée

légère ou un souci

me harcèle, mon cœur brûle à nouveau

pour les antiques saveurs. 

Santa Maria

15 août 2023

De Marbre


Fol celui qui croit voir palpiter le sein
De ces chimères désolées 
Faites d'organes et de veines marbrées 
Ces éteignoirs d'enchantement 
Dont les lèvres demeurent fermées 





Dimanche 13 août 2023
Jour du Seigneur, je renoue avec le loup 

Vendredi 11 août 2023

Parc de Belleville 

Tendre et si bleau

Vendredi 11 août 2023
Me voici bel et bien encadrée par Jean-Charles Raffard

Jeudi 10 août 2023

Zambèze

J'ai récupéré des carreaux de granit noir du zambèze. Un support beau, luxueux. Tout un voyage.  J'y ai vu se dessiner des Stantari. Alors, j'ai tenté la traversée du noir. Le travail n'est pas terminé. 

Mardi 8 août 2023
 

Un gamin monte dans le bus.

- Oh! Maman! Le dernier narrêt, c'est porte des Lilas. C'est loin! 

Et le dernier namour, mon amour? C'est encore loin? 

Dimanche 6 août 2023
Vivre: emprunter un escalier. Au fur et à mesure, laisser tomber les objets. Décrocher les griffes accrochées à son dos. Dialoguer avec des fantômes. Souffler sur des flammes pour voir dans le noir. 
J'ignore si je descends ou si je gravis des marches.
J'ignore s'il faut descendre ou gravir des marches. 
Je sais que je dois être seule. 
Je dois être avec tous. 

Samedi 5 août 2023
 

Le silence s'est installé

Dans l'ombre 

Du cerisier mort

Sur la chaise en fer forgé

Rouillée

Sur le cerisier mort

Il y a encore une tourterelle perchée

Elle chante 

Au-dessus du silence enchanté

La tête, doucement inclinée

Il regarde passer les nuages 

Les nuages, les souvenirs, les pensées

Il regarde passer les visages 

De tous ces gens qui ont beaucoup parlé

Si peu fait 

L'un des plateaux de la balance 

Est rempli de mots creux 

L'autre d'amour mais ce peu 

Garde en équilibre le monde 

Donner est toujours plus léger 

Que les balles du jongleur 

Que les belles paroles épinglées à la boutonnière

Le silence s'est installé 

Parmi les herbes folles et les fleurs sauvages 

Du jardin abandonné 

Oh! Ce n'est pas ce vieux bougon 

Se taisant par dépit ou par rage 

C'est pour écouter les plus infimes bruits

Ceux de la fourmi ou du commencement du vent

Qu'il se tait 

Il écoute la langue vivante des mondes intérieurs 

Et il sait 

Qu'entre lui et ceux qui parlent sans parole 

Le fil s'est rompu 

Il l'a entendu s'étirer 

Se briser 

Il regarde passer les nuages

Les nuages, les souvenirs et les pensées 

La tête renversée

Au large... Au large


Photo AMCelli

 

Vendredi 4 août 2023
Je découvre la peinture de Michael Fratrich. Je retombe en enfance, dans cette mélancolie inquiète et douce, qui porte en elle sa propre consolation, qu'on ne trouve qu'en pays de l'enfance, et dans la solitude. 

01h01 Le Bateleur 

Jeudi 3 août 2023

Le vent souffle très fort dans la nuit. Je regarde l'heure et tombe encore sur une heure miroir: 01h01, associée à la lame du bateleur dans le tarot. 
Je m'interroge... 

Points positifs de l’arcane

La lame du bateleur vous fait savoir que vous allez bientôt connaitre un nouveau chapitre, un nouvel processus va débuter, il s’agit aussi d’un mouvement dans votre vie. En domaine du cœur, il serait une naissance d’une belle histoire d’amour si vous êtes célibataire, ou un impact positif dans votre relation actuel si vous êtes en couple, pourquoi pas une demande au mariage. Dans le domaine du travail, c’est la conception d’un nouveau projet, ou bien l’apparition de nouvelles solutions aux difficultés rencontrés dans votre travail, ne vous inquiétez pas vous embûches vont disparaître dans le futur proche.

Point négatif de l’arcane

Dans le cas où cet arcane ressort à l’envers, c’est un mauvais signe, ça fait allusion à une magouille, une manœuvre ou une manipulation. Le bateleur va jouer le rôle d’un illusionniste qui exerce des tromperies visuelles sur les spectateurs pour les convaincre de ses dons surréels. Ici, il fera tout pour embellir la réalité, au point d’arriver à mentir et tromper pour arriver à ses fins. Soyez très méfiant, il y a bien quelqu’un qui vous dissimule une vérité que vous avez le droit de savoir. Cette personne son sport préféré est la manipulation, faites attention !


C'est un peu effrayant, surtout lorsqu'il fait noir et que hulule le vent. L'amour et dans le miroir où il se regarde: l'illusion.