Les Processionnaires 

- Regardez :  -
Regardez : ils sont là, les humains, 
debout comme des torches, 
les mains qui tremblent du cœur qui tremble d’attendre 
sans savoir quoi, 
sans savoir à quel verbe se vouer pour en sortir, 
du maudire
et ses hordes de mots tus, 
nuée ardente, la terreur blanche…



Ils sont là, les yeux grands comme la soif, 

muets comme des pierres en ce puits de la nuit 

où fermente en secret le secret des secrets

qui les tient aux entrailles. 

Les yeux comme la soif, le secret aux entrailles,

Ils tiennent sans savoir de tonnerres lointains la haute destinée qui les dresse aujourd’hui au bûcher de paroles, en ce lieu où le temps cesse de respirer : 

de l’inconnu qui vient, l’imminence absolue. 

Savoir : au cœur de verbe épris d’effroi il est un envers qui s’éploie, visage sans rivage une joie sans pourquoi : du secret le secret, que seul l’oiseau sait dire…


 Mineure des fonds
Ouvrière des matières primaires
Je creuse 


 « Ta vie est comme un pont jeté entre deux vides :
Tu n’as pas de limite, au milieu tu n’es rien »
Omar Khayyâm 

 "Je m’éveillai, c’était la maison natale,
L’écume s’abattait sur le rocher,
Pas un oiseau, le vent seul à ouvrir et fermer la vague,
L’odeur de l’horizon de toutes parts,
Cendre, comme si les collines cachaient un feu
Qui ailleurs consumait un univers"
Yves Bonnefoy